|
Les dirigeants des pays du Bassin du Congo, en Afrique Centrale, se trouvent aujourd’hui confrontés à la nécessité de concevoir et développer les mécanismes appropriés pour financer durablement la gestion de leur patrimoine naturel commun. Le bilan de ces dernières années a montré que les systèmes traditionnels de financements à court terme (2 à 4 ans) n’ont qu’un impact limité sur la conservation.
A échéance, la reconduction n’est pas automatique. Ces interruptions d’une ou plusieurs années, presque inévitables avec ces types de financement, annulent les efforts de conservation. De même, la nature des menaces pesant sur la biodiversité (commerce de gibier, exploitation forestière etc.) constitue une raison supplémentaire pour définir des stratégies de financements complémentaires à long terme.
Les experts nationaux, appuyés par les partenaires au développement, doivent faire un diagnostic sans complaisance des faiblesses des systèmes de gestion existants afin que chacun des acteurs puisse pleinement jouer le rôle qui est le sien. Mais pour cela, il va falloir jouer carte sur table !
En effet, bien que tous soient unanimes quant à la nécessité de mettre en place un financement durable, il n’en demeure pas moins que la mauvaise planification des dépenses, le manque de transparence dans la gestion, la mauvaise utilisation des ressources humaines qualifiées, de même que le cloisonnement des services publics impliqués constituent,aujourd’hui encore, les motifs avancés par les contributeurs éventuels pour justifier leur extrême prudence. En conséquence, les partenaires (ONG internationales, bailleurs de fonds et autres agences de
coopération) et les dirigeants se regardent en chiens de faïence, chacun attendant que l’autre prenne l’initiative.
Dix chefs d’Etats réunis au sein de la COMIFAC (Commission des Forêts d’Afrique Centrale), ont envoyé envoyé un message fort à l’endroit de la communauté internationale, en signant en 2005, le Traité pour « la conservation et la gestion des écosystèmes forestiers d’Afrique Centrale » et en adoptant le plan stratégique régional (Plan de Convergence), dont les besoins sur dix ans (2002-2012) sont estimés à 1,5-2 milliard de dollar US. Cette dernière avait déjà marqué son appui à la Déclaration de Yaoundé, par le vote en 2000, de la Résolution 52/214 des Nations Unies.
L’engagement salutaire pris par les Etats, de mobiliser sur fonds propres une partie du financement du Plan de Convergence a été unanimement applaudi. Dans les couloirs feutrés des cabinets ministériels, des chuchotements ont avancé le chiffre de 40% dle financement autonome. Il n’y a aucune raison d’en douter, si ce n’est que le bilan de la première année suivant la signature du Traité, fait apparaître que seuls trois Etats membres sur dix se sont acquittés de leur contribution à la COMIFAC. A ce jour, un seul pays, la Guinée Equatoriale a ratifié le Traité. Devant de telles hésitations de la part des dirigeants africains, les observateurs internationaux sont perplexes !
Du côté des partenaires, les « petits financements » octroyés sont confiés de préférence, à la gestion d’agences d’exécution. Ces organismes non gouvernementaux, étrangers pour la plupart, offrent de meilleures conditions d’encadrement et d’emploi. Ils finissent par dépouiller les institutions nationales de gestions des aires protégées qui n’ont pas les moyens de retenir leur personnel qualifié. Retour à la case départ !
Les institutions légales se retrouvent dépourvues de moyens conséquents et d’expertise technique en quantité et en qualité suffisante. Pendant ce temps, on assiste à un saupoudrage des faibles moyens humains et matériels existants. La biodiversité se réduit inexorablement, les ressources naturelles sont pillées sans ménagement et les sols continuent à se dégrader.
Pourtant, au niveau de la sous-région, les réflexions pour la gestion de ce patrimoine commun aux pays de l’Afrique Centrale, se poursuivent. Les résultats des consultations regroupant les experts nationaux ainsi que les bailleurs de fonds et ONG internationales, s’orientent dorénavant vers le développement de services environnementaux payants tels que la séquestration de carbone et la protection des bassins versants. Il y a aussi les fonds fiduciaires conçus pour assurer un financement relativement stable, comme c’est déjà le cas dans le Projet Tri Nationale de la Sangha (TNS) qui englobe Congo, Cameroun et République Centrafricaine, ou dans le Projet Tri Nationale Dja Odzala Minkebe (TRIDOM) comprenant Cameroun, Congo et Gabon. Ce sont des expériences pionnières qui mériteraient d’être élargie à d’autres zones du Bassin du Congo.
Enfin, les consultations ont relevé une mauvaise répartition des ressources et une faible implication des communautés dans la gestion des aires protégées. Les experts préconisent d’appuyer la décentralisation des systèmes de gestion, de manière à permettre aux communautés d’en tirer les bénéfices escomptés.
Quelque soit le type de financement ou sa taille, il est évident que les objectifs visés ne pourront être atteints sans l’assurance d’un engagement permanent fort de le part des gouvernants.
Nicole MULOKO NTOUTOUME,
PhD
Expert indépendant
|