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En 1985 le Gabon signait son instrument d’acceptation en faveur de la Convention pour la protection du patrimoine culturel et naturel de 1972 (UNESCO).
Cette Convention veille, dans le strict respect de la souveraineté des Etat parties, à la protection du patrimoine culturel et naturel afin de s’assurer que les générations futures héritent du maximum de chef-d’oeuvres de l’humanité, témoins de l’histoire.
Le patrimoine culturel qui nous concerne ici est défini par ladite convention comme « sites, oeuvres de l'homme ou oeuvres conjuguées de l'homme et de la nature, ainsi que les zones y compris les sites archéologiques qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique ».
Il ne serait donc pas faux de considérer que certains des 13 parcs nationaux du Gabon intéressent cette définition, étant donné qu’ à l’intérieur de leurs limites, de nombreux vestiges naturels et culturels illustrent la présence de l’homme sur le territoire national depuis plus de 400.000 ans. Il est donc important de mettre à la disposition de l’humanité, les données scientifiques, techniques issues de nombreux sites historiques et archéologiques du Gabon afin que, pour sa part, il participe à une meilleure connaissance de l’histoire de la région d’Afrique centrale et partant, à celle de l’humanité dans son processus d’émancipation par rapport à l’ordre naturel.
Le parc national de la Lopé, au centre du Gabon sur la moyenne vallée de l’Ogoué, est celui qui a connu depuis près de 20 ans, une intense activité de recherche scientifique. Aussi, pour participer au processus de capitalisation des connaissances sur l’espèce humaine et, surtout, pour donner un contenu à l’instrument d’acceptation qui manifeste l’intérêt du Gabon pour la Convention de 1972, le Ministère de la Culture, des Arts, chargé de l’Education populaire, interlocuteur officiel du Comité du Patrimoine Mondial de l’Unesco, a entrepris avec les autres acteurs nationaux et internationaux, de soumettre de dossier de la Lopé en vue de son inscription sur la liste du patrimoine mondial.
La Lopé : un site historique, culturel et naturel exceptionnel en Afrique centrale
Lopé est un exemple remarquable de l’évolution de la biodiversité au cours des changements climatiques du Quaternaire, comprenant des écosystèmes en mosaïque de forêts et de savanes et des écosystèmes forestiers congolais des plaines du nord-ouest à caractère « refuge du Pléistocène », dont l’état de conservation a permis d’héberger d’importantes populations d’espèces animales et végétales menacées et / ou endémiques.
Le site de Lopé est également un témoignage de la permanence de l’homme dans la région, depuis les temps éloignés du Paléolithique inférieur (400.000 B.P.), du Néolithique (4000 BP) et de l’Age du Fer (dès 2500 BP).
La Lopé continue d’être l’habitat de populations bantoues et de pygmées Ba’Bongo, constituant ainsi un paysage culturel relique d’une valeur universelle exceptionnelle. En effet, la région de Lopé-Okanda est habitée par une mosaïque de groupes ethnolinguistiques représentant quatre (4) des huit (8) familles linguistiques dénombrées au Gabon. C’est par ailleurs, l’habitat exclusif d’une minorité ethnique Okandé , en voie de disparition, sa population comptant désormais moins de deux milles (2000) âmes (recensement de la population, 2003).
Pourtant situés sur la moyenne vallée de l’Ogoué, fleuve qui a, durant le 19ème siècle servi de principale voie de communication vers l’intérieur des terres et le Congo, les Okandé sont restés fermés à l’influence du christianisme dans leur vie quotidienne. Le Mwiri institution initiatique masculine, encore appelée diable à cause de son costume, sert toujours de base à une organisation sociale, politique et religieuse traditionnelles et permet à ses détenteurs de s’insérer progressivement dans la vie politique et économique actuelle. C’est en 1994 que ce pays Okandé a été érigé en sous-préfecture et, parallèlement, a enregistré l’implantation par des voisins Saké et Simba d’une église Pentecôtiste dite du Réveil. Il importe cependant de mentionner que sur le terrain politico-religieux, le Mwiri des Okandé et le Bwiti des Simba, des Ba’Bongo et des Akélé se partagent le territoire ; le premier au nord, le long de l’Ogooué et le second au sud , sur l’Offoué.
Ces populations sont signalées sur les berges de l’Ogooué dès le 15ème siècle (Meyo Bibang) et plus tard au 19ème siècle par Paul du Chaillu et autres explorateurs comme Pierre Savorgnan de Brazza. Elles représentent donc un exemple de résistance au pan missionnaire du travail de civilisation introduit par la politique de colonisation française.
La conservation du patrimoine culturel et naturel avec la communauté internationale
Il appartient à chaque Etat partie à la Convention de 1972 d'identifier et de délimiter les différents biens situés sur son territoire et susceptibles d’intéresser la communauté nationale et internationale.
En y adhérant, le Gabon reconnaissait également que l’obligation d'assurer l'identification, la protection, la conservation, la mise en valeur et la transmission aux générations futures du patrimoine culturel et naturel considérés au titre de la présente convention. et situé sur son territoire, lui incombe en premier chef. Il s'efforce d'agir à cet effet tant par son propre effort au maximum de ses ressources disponibles que, le cas échéant, au moyen de l'assistance et de la coopération internationales dont il pourra bénéficier, notamment aux plans financier, artistique, scientifique et technique.
En respectant pleinement la souveraineté des Etats sur le territoire desquels est situé le patrimoine culturel et naturel proposé à une inscription sur la liste du patrimoine mondial, et sans préjudice des droits réels prévus par la législation nationale sur ledit patrimoine, le Gabon, Etat partie à la convention reconnaît aussi que le bien en question constitue un patrimoine universel pour la protection duquel la communauté internationale tout entière a le devoir de coopérer.
La protection internationale du patrimoine mondial culturel et naturel consiste donc en la mise en place d'un système de coopération et d'assistance internationales visant à seconder les Etats parties à la convention dans les efforts qu'ils déploient pour préserver et identifier ce patrimoine.
Claudine Augée Angoué
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