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Six espèces de tortues marines, sur les huit encore représentées actuellement, fréquentent les eaux de l’océan atlantique. Cinq espèces sont rencontrées dans le golfe de Guinée, tout particulièrement dans les eaux saontoméennes. Parmi les eaux du golfe de Guinée, celles de l’Archipel saontoméen hébergent la plus grande diversité de tortues marines.
On y rencontre en effet, les adultes des deux sexes de quatre espèces, les femelles adultes de cinq espèces parmi lesquelles quatre nidifient dans l’archipel, les juvéniles de quatre espèces.
La valeur écologique de cette richesse biologique (notamment au regard des nombreuses menaces dont sont victimes les tortues marines dans le monde entier) n’est pas toujours bien comprise par la population humaine locale. Cependant, le gouvernement de Saõ Tomé et Principe a pris des engagements au niveau international en signant des accords internationaux ayant trait à la protection des tortues marines. Il a en particulier signé la CITES et la CMS mais, au niveau national aucune législation visant la protection des tortues marines n’est encore prise. Aussi observe-t-on encore à São Tomé et Príncipe une exploitation anarchique des tortues marines (et des ressources halieutiques) malgré le travail initié depuis 1997 grâce au programme européen ECOFAC et poursuivi ces trois dernières années à travers le projet Espèces Phares financé par Union Européenne.
Au regard de cette situation, l’ONG MARAPA (organisme local ayant aujourd’hui en charge la protection des tortues marines à Saõ Tomé et Principe), a organisé du 30 au 31 janvier 2006, avec le financement de plusieurs bailleurs de fonds dont la Coopération Française et l’Union Européenne, la première conférence internationale sur les tortues marines dans le golfe de Guinée. Cette conférence se voulait être un outil de sensibilisation auprès de la population locale et des administrations nationales afin:
- d’amener les populations à prendre conscience que la survie de ces espèces en danger dépend de leur manière de gérer cette ressource.
- de responsabiliser les administrations en place au rôle primordial qu’elles doivent jouer en tant que décideur, en mettant en place un outil juridique efficace pour réglementer les pêcheries, l’exploitation des habitats marins, et promouvoir l’utilisation rationnelle des ressources naturelles, de manière à appuyer les efforts de conservation.
- de parler de Saõ Tomé et Principe pour stimuler le tourisme de vision des tortues marines et plus généralement l’écotourisme.
Cette conférence a connu la participation de personnes venues du Brésil, du Costa Rica, du Portugal, du Gabon, de la France, de représentants de Corps Diplomatiques accrédités à São Tomé et Príncipe, de représentants d’organisations Internationales, de la société civile mais aussi de nombreux « tartarugueiros » (personnes vivant du commerce des tortues marines à Saõ Tomé et Principe).
Cette manifestation a donné lieu à divers échanges d’expériences et à de nombreuses discussions fort engagées entre les populations locales démunies, vivant de l’exploitation des tortues marines et/ ou de leur produits, et les acteurs de la protection de l’environnement.
L'évènement a été honoré par la présence de S.E. Monsieur Fradique de Menesez, Président de la République Démocratique de Saõ Tomé et Principe.
Suite aux deux journées de conférence, des visites guidées ont permis à certains participants de découvrir les sites de Malanza et de Praia Jalé (où est située la structure écotouristique «Jalé Ecolodge»), de Morro peixe et de Miccolo.
La fin de la semaine des travaux a été sanctionnée d’abord par un entretien avec les artisans d’écailles afin de rechercher des solutions à l’exploitation des tortues marines et leurs produits, puis par un rapport final des recommandations issues de la conférence, notamment :
►► la nécessité de créer une base nationale de données à São Tomé et Príncipe, en conformité avec les bases de données déjà développées au niveau sous-régional et régional.
►► la nécessité d’étudier les juvéniles de tortues luth (Dermochelys coriacea) observées au sud de l’île de Príncipe, situation unique au monde et très importante pour améliorer les connaissances sur cette espèce menacée d’extinction.
►► la poursuite du dialogue avec l’association des tartarugueiros, dans l’objectif de leur reconversion complète dans d’autres activités économiques (le projet d’appui à la reconversion des artisans de l’écaille mené auparavant n’ayant pas contenté les intéressés, une reprise de dialogue s’avère nécessaire).
►► la prise de mesure par la Direction des Pêches et le Ministère de la Défense pour réglementer et contrôler les pratiques qui affectent négativement l’écosystème (pollution, pêche à l’explosif, extraction illégale de sable, capture de poissons juvéniles, pêche en plongée autonome.).
►► la sensibilisation et l’information des touristes sur la fragilité de l’environnement de São Tomé et Príncipe, le danger de l’extinction des tortues marines et d’autres espèces du pays, et l’interdiction de l’introduction d’objets faits à base de tortues marines dans la grande majorité des pays.
►► la création d’une commission pour élaborer une loi interdisant la capture, le commerce, la consommation et la détention des tortues marines et de leurs dérivés, en rassemblant l’ensemble des parties prenantes (Ministère de l’Environnement, Infrastructures et Ressources Naturelles, Ministère de l’Economie, ECOFAC STP, UICN, MARAPA, juristes), dans la continuité des travaux menés en ce sens en 1998.
Nous espérons que cette initiative portera ses fruits et que la conférence pourra être reconduite à Saõ Tomé et Principe ou dans un autre pays du golfe de Guinée pour évaluer les résultats obtenus dans la mise en oeuvre des recommandations adoptées.
Alain Gibudi
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