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La 4ème phase d’ECOFAC est relancée depuis 2007, après douze années d’activités entre 1992 et 2004. Ce grand programme intervient sur 7 pays au niveau de la conservation de la biodiversité dans les écosystèmes forestiers d'Afrique centrale, du développement durable et d’Aires Protégées prioritaires en Afrique Centrale. ECOFAC IV participe aux échanges et à la concertation entre les pays de la COMIFAC pour favoriser la conception et l'application de solutions régionales, notamment à travers le Réseau des Aires Protégées d'Afrique Centrale (RAPAC). Pour développer pleinement les objectifs d’ECOFAC 4, un nouveau Coordonnateur régional a été nommé, Monsieur Jean-Michel SIONNEAU, basé à Libreville depuis Juillet 2008. Il nous présente en quelques lignes, sa motivation et les axes à défendre dans les deux à trois prochaines années.
Jean-Michel SIONNEAU, pouvez vous vous présenter brièvement ?
Agé de 56 ans, j’exerce depuis plus de 30 ans mon métier d’Ingénieur Ecologue et Agronome au service de la protection de la nature, dans diverses structures, bureaux d’études privés ou de recherche, Ministères de l’Environnement dans divers pays, ONG ou Institutions internationales de conservation, Services de Coopération, et une bonne expérience du pilotage et de la gestion de grands programmes intégrés de conservation de la nature.
J’ai la chance et le plaisir de travailler depuis longtemps en Afrique, Centrale en particulier, ne serait que sur mon dernier poste ou je travaillais depuis 2006 au sein de la Coopération française à Kinshasa, et Directeur du Bureau de l’Union Mondiale (UICN) pour la Nature en RD Congo.
Que pensez-vous de l’état actuel des Aires Protégées et écosystèmes forestiers dans le programme ECOFAC / RAPAC ?
ECOFAC représente, il faut le rappeler, le plus important programme régional de coopération avec l’Afrique Centrale développé par l’Union Européenne (de 1992 à 2004, puis depuis 2007) dans les domaines de la gestion et conservation d’écosystèmes forestiers uniques au monde. Il en est ainsi au plan de leur biodiversité en particulier, avec des espèces végétales, mais surtout animales exceptionnelles (Grands Mammifères, Grands Singes, etc.). Il s’agit aussi ni plus ni moins que du deuxième bloc forestier tropical, indispensable à l’équilibre climatique de notre Planète. L’importance capitale de leur protection et gestion durable n’est donc plus à démontrer. Or, les menaces très importantes perdurent, braconnage intensif, déforestation et défrichements, pressions humaines de toutes natures, surexploitation forestière et minière non durables, chasse et enfin la pauvreté, véritable cancer de la nature pour les populations qui y vivent, et pour lesquelles il convient d’aider à leur développement durable, pour qu’elles puissent enfin disposer équitablement des retombées de la conservation et de la valorisation des ressources naturelles.
Pouvez vous nous expliquer de quoi il s’agit comme Programme et concrètement que ferez vous? L’écologie et le respect de la biodiversité sont-ils bien au programme ?
L’Union Européenne, à travers le Fond Européen de Développement et les Etats Africains associés, a défini ce programme de conservation au niveau d’Aires Protégées phares dans les pays concernés suivants : Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, République Centrafricaine, République Démocratique du Congo, São Tomé e Príncipe. Les objectifs généraux intègrent en priorité la conservation et gestion durable des ressources écologiques et de biodiversité, qui doivent contribuer à la lutte contre la pauvreté, grâce en particulier à :
- Une gestion multifonctionnelle et durable des territoires et des ressources naturelles, concertée entre les différents acteurs (populations, administrations, secteur privé, ONG), qui réponde aux objectifs des grandes Conventions et engagements environnementaux internationaux des Etats ;
- Une reconnaissance décisive par les décideurs et les populations des Etats d’Afrique Centrale et leurs partenaires au développement, du potentiel économique et social de la richesse biologique des écosystèmes de la région et leur rôle primordial dans la réduction de la pauvreté par la valorisation des biens et services qui en sont issus ;
- Un renforcement des capacités institutionnelles des Etats et des Acteurs non étatiques pour des politiques régionales et nationales harmonisées sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité au bénéfice des populations locales.
Vous arrivez à peine, quelles sont déjà vos armes pour reprendre en force la coordination de ECOFAC IV et mener le projet à bien à terme ? Votre plan d’action ?
Il existe déjà dans les composantes nationales du Programme des experts internationaux et nationaux dans les domaines concernés, et des partenaires essentiels, en même temps que des Institutions en charge de ces secteurs. Seul, on n’est rien, et c’est par le travail d’équipe, la capacité d’expertise et de mobilisation des ressources humaines et financières du Programme, la volonté politique et publique indispensable des Etats et des responsables, les nombreux partenariats développés avec les ONG et les Communautés, que les objectifs du Programme pourront être atteints en grande partie, de même que je l’espère pérennisés au mieux. De ce point de vue, j’ai déjà engagé une tournée des principales composantes, afin de partager et intégrer sur place et dans les Etats les priorités attendues de la Coordination régionale, et les liens que nous devons opérer entre nous ; monitoring et SIG-SGBD, formation, communication et sensibilisation à l’environnement, visibilité du programme, concertation sous régionale avec la COMIFAC et le PFBC, étroite collaboration et intégration au service du RAPAC, partenariats avec les ONG et la société civile, etc…
Au cours des douze premières années, ECOFAC a travaillé à divers niveaux pour la sauvegarde de la biodiversité. Quels résultats ont été atteints dans ce domaine?
Les moyens considérables mis en oeuvre lors des phases précédentes ont heureusement permis des avancées et des progrès significatifs ; formation de personnels spécifiques pour la gestion d’aires protégées (eco gardes, conservateurs, etc.), recherches effectuées en écologie des milieux et des espèces, en sociologie, monitoring, mise en place d’infrastructures et équipements, et d’autres domaines encore. Pour autant, l’expérience montre qu’on ne peut jamais baisser les bras vis à vis des nécessités de protection et de conservation des aires protégées. En effet, sans relais politique au plus haut niveau, sans prise en charge budgétaire de ces missions de service public, sans appropriation par les populations périphériques et les acteurs économiques et sociaux, sans une réelle valorisation économique de ces ressources et retombées pour les populations, des résultats atteints ne sont jamais suffisamment durables et acquis. Il s’agit là d’un des échecs des phases précédentes, dont il faut tirer les leçons, mais sans que l’on puisse garantir absolument le long terme, tant les difficultés sont réelles.
Concernant la biodiversité, quelles sont les mesures actuelles et sont-elles suffisantes ? Quelles sont celles que vous préconisez personnellement ?Si l’on examine la situation et les indicateurs de suivi de l’Etat de la biodiversité sur notre terre, il y a lieu d‘être lucide et inquiet. Le prochain Congrès de l’Union Mondiale pour la Nature, qui se tiendra à Barcelone en Octobre, la Liste Rouge des Espèces menacées, le changement climatique, les diagnostics et suivis scientifiques, la Convention sur la Diversité Biologique, indiquent ou confirment les dangers pour l’espèce humaine de perte de biodiversité, qui semble quasi inéluctable hélas. Seule une action résolue de la Communauté internationale, des Etats, des acteurs politiques et publics, mais aussi économiques et privés, des ONG petites ou grandes, et de la société toute entière , aux différents échelons, pourra permettre de freiner suffisamment les atteintes à nos écosystèmes, et les gérer enfin comme un capital unique, dont on prélèverait simplement les intérêts, au bénéfice de nos enfants, et des générations futures . Il convient donc de bien identifier les causes d’ordres multiples et à tous les niveaux de la société, et d’engager résolument les activités permettant à terme le succès et la pérennisation des Aires Protégées d’Afrique Centrale, et de la diversité biologique exceptionnelle qu’elles abritent. C’est ce à quoi s’emploient résolument les équipes du Programme ECOFAC, grâce à l’appui de la Commission Européenne et des Etats, avec l’ensemble des populations et des acteurs concernés, sans qui rien ne serait possible.
Merci Jean Michel SIONNEAU, d’avoir répondu à nos questions et bonne chance pour ce nouveau défi qui vous attend !
Interview réalisé par Tatiana Nguema à la fin de son stage au sein de la Cellule de coordination
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