Biblio


(c) DOCMan jDMTree 1.5.1
Pourquoi évaluer périodiquement l’efficacité de gestion dans les aires protégées ? PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Julien Panchout   

L’évaluation de l’efficacité de gestion des aires protégées en Afrique Centrale est nécessaire pour 4 raisons :

  • la trame des politiques de conservation est en train de changer d’une politique de création et d’extension des aires protégées vers une politique de gestion effective de ces zones classées bénéficiant d’un statut de conservation:
  • la construction d’une base de données sur les aires protégées au niveau sous régional et mondial et la volonté de créer une grande base de données sur le suivi du bloc forestier du Bassin du Congo à travers le FORAF nécessite d’avoir des indicateurs pertinents de la gestion de ces aires protégées;
  • la nécessité pour les nombreux bailleurs finançant des actions de conservation dans les aires protégées ou dans leur périphérie de mieux connaître les différents aspects de la gestion de l’aire protégée afin de pouvoir prendre des décisions;
  • la responsabilisation des gestionnaires et des administrateurs et l’aide à la prise de décision et à la planification

D’une politique de création et d’extension des aires protégées vers une politique de gestion effective des aires protégées existantes

La conservation de la biodiversité a débuté en Afrique Centrale à la fin du XIXième siècle. La première réserve à éléphants a été établie en 1889 et le gorille de montagne (présent en RDC, au Rwanda et en Ouganda) protégé en 1912. Le premier parc national a été créé en 1925 dans l’actuelle RDC (peu de temps après le premier parc créé au niveau mondial celui de Yellowstone au Etats-Unis créé en 1871). Les aires protégées en forêts n’ont été mises en place qu’à partir de 1970 avec la création du parc national de la Salonga (en RDC) et leur nombre s’est accru dans les années 1980. Aujourd’hui avec 18,5 millions d’hectares, les aires protégées représentent près de 10,2 % de la surface totale de l’Afrique Centrale. Ce résultat devrait correspondre à l’atteinte de l’objectif 7 de la vision du Millenium (« assurer la pérennité environnementale ») et notamment au point 9 ( intégrer les principes de développement durable dans les politiques des pays afin d’inverser la tendance de la perte de la biodiversité»). L’indicateur 26 choisi est «l’existence d’aires protégées permet de maintenir la biodiversité».

Ce constat et l’indicateur choisi entraînent 2 questions:

La pertinence du choix des zones à protéger : les aires protégées ont-elles été délimitées dans les lieux ou la perte de biodiversité est la plus grande ? En l’occurrence beaucoup d’exemples montrent le contraire et en Afrique Centrale nombreux
sont les parcs nationaux qui sont enclavés donc avec des pressions anthropiques faibles.

Par contre certaines zones de fort développement et dont la biodiversité est grande (comme la forêt classée de la Mondah au nord de Libreville au Gabon) ne résistent pas à l’urbanisation anarchique et à la pression anthropique sur les ressources
naturelles.

L’efficacité de la gestion des aires protégées : c’est ce qui nous intéresse plus particulièrement dans cette étude. Doit on raisonner en terme de surface légalement protégée ou alors de
surface effectivement protégée ?

Cette question peut choquer certains acteurs qui évoluent dans le milieu de la conservation en général et de la gestion des aires protégées. En effet, pour beaucoup de gestionnaires, d’experts ou de bailleurs, la question ne se pose pas ou ne veut pas être posée. Les désignations légales ainsi que les moyens mis à disposition devraient suffire, selon certains, à atteindre l’objectif visé qui est celui de la conservation de la biodiversité. Pour mieux cerner la relation entre moyens mis à disposition, et résultats il faut évaluer l’efficacité de gestion voire même l’efficience. On arrive là à une deuxième question qui est fondamentale : comment
évaluer ?

La transition d’une politique d’extension vers une politique de gestion effective des aires protégées est nécessaire aujourd’hui. C’est d’ailleurs dans ce sens que travaillent les experts de la conservation et c’est l’une des recommandations du congrès mondial de Durban sur les aires protégées de 2003 que de mettre en place un système d’évaluation mondial de l’efficacité de gestion.

Dans le cadre de cette réflexion, plusieurs outils ont été développés, nous ne détaillerons pas leurs spécificités ici.

Vers la création d’une base de données de portée mondiale

La mise en place d’une base de données mondiale sur les aires protégées créée en 1981 par l’IUCN et hébergée désormais par l’UNEP-WCMC (World Conservation Monitoring Centre du Programme des Nations Unies pour l’Environnement) permet de rassembler de nombreuses informations sur les sites. Depuis 2002, les données statistiques sont fournies régulièrement par la Commission Mondiale sur les Aires Protégées (WCPA) à travers une base de données mise en ligne par la WDPA (World Database on Protected Areas). Ces informations permettent de se faire une idée du contexte (pays, superficie, position géographique,
altitude, date de création, désignations internationales, liste des espèces animales et végétales
caractéristiques,…).

En Afrique Centrale, ces informations ne sont pas centralisées. C’est dans ce sens que va voir le jour l’Observatoire des Forêts d’Afrique Central avec notamment la contribution de l’Union Européenne à travers le programme FORAF. Le RAPAC est
chargé de construire la base de données sousrégionale sur les aires protégées. La réflexion que nous avons conduite au RAPAC sur la structure de la base de données permet d’avoir désormais une vision claire du type de données que nous souhaitons récolter.

Ces renseignements intégreront les différents aspects de la gestion des aires protégées (les désignations légales, les relations avec les partenaires ainsi que leurs contacts, le monitoring écologique, les actions en périphéries, les financements, le tourisme,
le contrôle, les retombées économiques, la participation…).

En Afrique Centrale, ces informations ne sont pas centralisées. C’est dans ce sens que va voir le jour l’Observatoire des Forêts d’Afrique Centrale avec notamment la contribution de l’Union Européenne à travers le programme FORAF. Le RAPAC est chargé de construire la base de données sous-régionale sur les aires protégées. La réflexion que nous avons conduite au RAPAC sur la structure de la base de données permet d’avoir désormais une vision claire du type de données que nous souhaitons récolter.

Ces renseignements intégreront les différents aspects de la gestion des aires protégées (les désignations légales, les relations avec les partenaires ainsi que leurs contacts, le monitoring écologique, les actions en périphéries, les financements, le tourisme, le contrôle, les retombées économiques, la participation…).

L’évaluation de l’efficacité de gestion servira en partie à collecter des données afin de renseigner la base de données du RAPAC
(elle-même partie intégrante de l’Observatoire des Forêts d’Afrique Centrale et transmises au WCMC de l’UNEP).

On comprend alors l’importance de la collecte des données qui permettra de connaître au niveau international l’état des moyens ainsi que les résultats de la gestion dans les aires protégées. Il va de soi que le RAPAC est bien conscient qu’il est impossible dans les conditions actuelles de collecter l’ensemble de ces données pour chaque site et les outils d’évaluation ainsi que leur périodicité d’application seront donc choisis en conséquence (certains faciles et rapides à remplir pour avoir des données de bases et un outil plus perfectionné pour les sites pilotes RAPAC).

L’évaluation : un outil d’aide à la décision pour les bailleurs

Les bailleurs sont nombreux en Afrique Centrale à financer des actions dans les aires protégées ou leur périphérie. Chaque bailleur conduit une ou plusieurs évaluations propres lors d’une et/ou des deux autres phases du projet :

  • en amont (ex ante)
  • pendant (en cours de programme)
  • après (ex post)


Ces évaluations sont plus souvent focalisées sur la gestion de l’argent (efficacité économique) et la mise en place des moyens et des dispositifs et rarement en terme de résultats sur la qualité de l’écosystème de l’action menée. La mise en place d’un système d’évaluation complet au RAPAC et d’un processus régulier de collecte harmonisée des données permettra d’aider les bailleurs dans la prise de décision.

Avant de lancer un projet, il faut que chaque bailleur en fonction de ses intérêts puisse répondre à ces 3 questions :

  • «quelle aire protégée je finance ?»
  • «A qui je donne l’argent ? C'est-à-dire comment financer ?» et enfin,
  • «quel aspect de la gestion je choisis de financer ?»


Les réponses à ces questions ont essentiellement 2 sources :

La première est la politique du bailleur définie en fonction de ses intérêts et des enjeux qu’il met en avant dans la zone et la seconde est le résultat de l’évaluation. Dans le contexte actuel, les bailleurs ne peuvent pas financer «tout et partout» on mesure toute l’importance de l’évaluation car elle est la clé de voûte de la captation de financements.

L’évaluation : une étape dans la planification de la gestion

Le concept de gestion adaptative n’est pas nouveau dans l’entreprise. Il correspond à une évaluation régulière des résultats et à une réorientation des politiques en fonction de ces derniers. L’«adaptative management» (en français la gestion adaptative) a été développée récemment pour les aires protégées et sa vulgarisation a été faite par le Biodiversity Support Program (BSP). La définition donnée est « un processus dans lequel l’utilisation des résultats des recherches conduites sert à l’action de conservation.

En particulier, il s’agit de tester les suppositions et d’intégrer les résultats de ces expériences dans la conception, la gestion et le
suivi des écosystèmes afin de pouvoir s’adapter et d’apprendre ». La gestion adaptative est un processus itératif composé de différentes étapes :

  • a. Etablir un diagnostic clair (connaître la mission de chacun)
  • b. Concevoir un modèle de gestion du système
  • c. Développer un document de planification qui maximise l’obtention de résultats et l’accumulation de connaissances
  • d. Développer un document présentant un système de suivi qui permet de tester les suppositions
  • e. Mettre en oeuvre les actions décrites dans les deux documents analysés et présenter les résultats afin de les communiquer à l’équipe de gestion
  • f. Adapter sa gestion en conséquence : établir un nouveau diagnostic, etc.

Pour beaucoup de gestionnaires d’aires protégées en Afrique Centrale, les résultats des recherches conduites dans leur aire protégée ne sont pas connues ou ne sont pas analysés et donc encore moins intégrés dans la planification des actions.

L’évaluation simple telle que Protected Area Management Effectiveness Tracking Tool (PAMETT): outil d’évaluation développé par l’alliance WWF/Banque Mondiale), facilement transposable d’un site à l’autre et rapidement conduite par le personnel de gestion de l’aire protégée, permet de donner un cadre harmonisé pour les différents aspects de la gestion

En effet, en parcourant les 30 questions de l’outil on aborde ainsi les grands thèmes que se doit de maîtriser l’équipe du parc. Conduire une évaluation, même non approfondie entraîne forcément la prise de conscience de certains problèmes et des interrogations sur la manière de les résoudre. La prise au sérieux du rôle de l’évaluation dans la gestion est indispensable pour l’amélioration de cette dernière. La responsabilisation des gestionnaires, des administrateurs et des partenaires dans la conduite de l’évaluation et dans l’interprétation des résultats est nécessaire.

L’évaluation ne doit pas être perçue comme un contrôle des partenaires ou des administrateurs sur les actions menées par le gestionnaire et son équipe mais comme une aide à la prise de décision et à la planification.

 

Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.