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Les politiques de lutte contre le braconnage au village AYEM PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Secrétariat Exécutif   

La chasse constitue la principale activité génératrice de revenus des populations d’AYEM. Elle produit à ses adeptes un chiffre d’affaire annuel moyen de deux cent huit millions huit cent quarante milles Francs CFA (208 840 000 FCFA) - Cf. "Enquête diagnostique des activités socio-économique des populations d’AYEM ».

Pour atteindre ce chiffre d’affaire, les chasseurs d’AYEM prélèvent chaque année en moyenne à l’intérieur du parc et à ses alentours : 2.280 sangliers, 5.456 porcs épics, 8.792 gazelles, 4.731 antilopes.

Ces chiffres montrent de façon très claire l’incidence négative et grave des activités de chasse (braconnage) des populations d’AYEM sur la politique de préservation et de conservation développée au niveau du parc
de la Lopé.

Pour contrer ce braconnage, deux (2) stratégies sont utilisées par les gestionnaires du parc et les autorités de l’administration de la Faune (Ministère de l’Economie Forestière) à savoir : la politique de répression et l'éducation environnementale.

La politique de répression

L’administration des eaux et forêts par l’entremise de la direction de la Faune en collaboration avec le Conservateur du parc, organise des inspections surprises à AYEM afin de traquer les braconniers et les commerçantes. Ces « descentes » musclées se soldent souvent par des saisies spectaculaires du gibier et des arrestations de certains braconniers. Toutefois cette politique comporte plusieurs limites qui justifient son inefficacité actuelle :

  • Le nombre très limité des descentes sur le terrain (depuis le mois de septembre 2006 jusqu’à ce mois d'avril, juste une seule descente a été organisée); ceci à cause du manque de moyens (financiers et matériels) et de l’éloignement des équipes qui se trouvent à Libreville ainsi que l’absence d’un relais efficace dans le parc (la brigade de la faune de la Lopé ayant totalement cessé ses activités);
  • La non implication des populations locales qui de facto préfèrent collaborer avec les braconniers (locataires de leurs maisons et grands consommateurs de leurs produits), ne trouvant aucun intérêt dans les opérations répressives organisées par l’administration;
  • Les interférences exercées par certaines personnalités, autorités politiques et administratives dans le traitement des dossiers judiciaires des braconniers d’où le non aboutissement de la plus part d'entre eux. Il convient de spécifier que la quasi totalité des braconniers bénéficie de « protections » et sont récidivistes.

L’éducation environnementale

Cette politique est menée par le WCS, elle a pour objectif de sensibiliser les populations sur l’importance de la préservation. Pour le moment, seuls les élèves des écoles situées dans le parc et à sa périphérie bénéficient des cours en éducation environnementale.

L’éducation environnementale a amené les jeunes à prendre conscience de l’importance de la conservation et de la préservation de la faune et de la biodiversité et des enjeux socioéconomiques qui découlent de cette politique.

Toutefois, cette politique est confrontée à deux (2) limites fondamentales :

  • La première limite concerne la cible, en effet, bien que conscients de l’importance de la préservation, les enfants ne peuvent influencer leurs parents ni sur leurs habitudes alimentaires ni sur le choix de leurs activités génératrices de revenus;
  • La deuxième limite concerne le manque d’activités alternatives à la chasse à proposer aux villageois.


Aussi la sensibilisation sans action, sans activités alternatives devient à court et moyen terme sans efficacité et donc vouée àl'échec.

Définition d’une nouvelle stratégie d’intervention

Face à l’urgence de la situation que présente le Village AYEM et conscient de l’importance de la mise en place d’une nouvelle stratégie de préservation qui intègre les populations locales «Faire la préservation avec les populations et non contre les populations», le RAPAC a répondu positivement à la demande «d’Appui aux initiatives des populations d’AYEM» introduite par l’Association Solidarité des Femmes Rurales de ce village.

L’initiation d’une collaboration entre le RAPAC, l’équipe de l’Education environnementale de WCS et l’Association Solidarité Femmes Rurales d’AYEM, à travers ce premier projet pilote a pour principal objectif «d’expérimenter une nouvelle stratégie de conservation qui allie, sensibilisation – action et responsabilisation des populations locales».

La sensibilisation a pour objectif d’amener les populations locales à comprendre les enjeux de la conservation pour eux, pour le pays et pour les générations futures;

L’action concerne le développement des activités génératrices de revenus (Agriculture, pêche, artisanat …) à la chasse dans une perspective de procurer des revenus suffisants aux populations et de lutter contre
la pauvreté ;

La responsabilisation vise à faire des populations locales des acteurs et des partenaires incontournables dans la lutte contre le braconnage et dans le développement des activités de gestion du parc national. Elle permet aux populations de s’organiser pour se prendre en charge. C’est pour cette raison que le RAPAC a mis un accent particulier sur le Renforcement des Capacités de l’Association Solidarité des Femmes Rurales d'AYEM.

Ce programme de Renforcement de Capacités comprend deux parties:

La première partie concerne la formation des membres de l'Association dans les domaines de la gestion et de l'administration des organisations paysannes et aux différentes techniques de production;

La deuxième partie concerne la structuration et la réorganisation de l'association dans le but d'en faire un outil développement communautaire et un acteur et partenaire privilégié dans la mise en oeuvre des politiques de lutte contre le braconnage au niveau du parc de la LOPE.

C'est dans le cadre de cette restructuration qu'un Conseil d'Administration de l'Association regroupant en son sein les différents partenaires exerçant dans le parc (ONG, Conservateurs, brigade de la faune) et l'administration locale (Préfecture, Conseil Départemental…) a été mis en place. C'est l’organe de concertation, de négociation, de validation et de programmation des activités de l’Association et de définition de partenariats entre les différents participants.

Les premiers résultats

Au cours de la période (Décembre 2006-Mars 2007), toutes les bases nécessaires au fonctionnement du projet et de l’Association Solidarité des Femmes Rurales d’AYEM ont été mises en place.

Les premiers résultats dans le domaine de la production sont attendus dès le mois de juin de cette année.


Toutefois, l’intensification des activités agricoles au niveau d’AYEM et l'encadrement technique assuré par le RAPAC commencent à provoquer des effets induits dans les autres villages situés dans le parc et ses alentours.

Aussi un véritable mouvement d’auto organisation est perceptible au sein de ces villages. Les populations de MIKONGO, MAKOGHE, KAZAMABIKA et de la Lopé centre (MAMBIA) se sont ou sont entrain de s’organiser en Association et sollicitent des partenariats auprès des gestionnaires du parc. Par ailleurs, au niveau d’AYEM, l’Association reçoit de plus en plus de demandes d’adhésion de la part des autres villageois qui, au départ, étaient réfractaires. Enfin, il convient de noter avec satisfaction l’intérêt grandissant que les membres de l’Association accordent aux activités agricoles. Actuellement, non seulement les Unités de Production sont gérées par toute la famille (Mari-Femme-Enfants) mais en plus, la quasi-totalité des membres agriculteurs consacrent pratiquement 90 % de leur temps aux travaux agricoles abandonnant ainsi les activités de braconnage. En somme l’incidence positive du développement du projet «Appui aux initiatives des populations d’AYEM» sur la lutte contre braconnage commence à se manifester.

Toutefois pour amplifier cet effet, il sera souhaitable d’initier un projet intégrant les populations des différents villages du parc national de la Lopé et celles des villages de la périphérie le plus rapidement possible et soutenir les efforts d’auto organisation des populations actuellement en pleine expansion. Il nous paraît évident que la stabilité du parc dépendra en grande partie de l’intégration des populations locales dans la dynamique de mise en place et de gestion des politiques de développement du parc de la LOPE.

 

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Photo de famille de l’Association d’AYEM et concertation
avec certains membres

 

Source: rapport de Dieudonné Minlama, consultant dans le cadre du Projet d’appui à l’Association du village Ayem