Rénatura: Étude des pontes de tortues marines, sauvegarde des femelles nidifiantes et de leurs oeufs au Congo PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Rénatura   

congo-carteLa République du Congo accueille chaque année, entre les mois de septembre et de mars, période correspondant à la saison des pluies, des populations de tortues marines en ponte. Les espèces les plus représentées sont les tortues luths (Dermochelys coriacea) et les tortues olivâtres (Lepidochelys olivacea). Cependant, des pontes de tortues vertes (Chelonia mydas) sont également recensées de façon sporadique et plus rarement celles de tortues caouannes (Caretta caretta). La ponte de tortues imbriquées (Eretmochelys imbricata) n’a pas encore été attestée directement et seuls des individus juvéniles de cette espèce ont pour le moment été observés.

Rénatura est une association franco-congolaise, loi 1901 qui œuvre pour la conservation de ces espèces menacées de disparition, depuis l’an 2000 dans le pays.

 

 

 

L’objectif de la subvention, accordée par RAPAC à Rénatura pour la période 2008-09, était de permettre à l’association de poursuivre ses efforts de suivis et de conservation des tortues marines et de leurs pontes, sur deux sites de 10 kilomètres étudiés de façon exhaustive pour la sixième année consécutive. Un autre objectif était l’étude estimative des pontes de plusieurs zones du littoral congolais (hors Parc National de Conkouati-Douli), par extrapolation statistique et en collaboration avec l’Université d’Orsay (Paris-France).

Le résultat de ces différentes activités ont montré une très faible fréquentation du nombre de tortues marines en ponte au cours de cette saison 2008-09. En matière d’étude estimative, les données récoltées étaient trop pauvres pour être analysées de façon satisfaisante.

Pour les deux sites d’étude exhaustive, les résultats sont les suivants :

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* DC : Nid de Dermochelys coriacea ;* LO : Nid de Lepidochelys olivacea ; *T. Asym. : Nid de tortue d’espèce indéterminée à traces non symétriques, Ind : Nid de tortue d’espèce indéterminée et à trace de nature indéterminée.

Le braconnage oblepidochelys-ponte-congoservé sur le site de Djeno est récurrent chaque année. La proportion est d’ailleurs la même, malgré la diminution pontes. Ce site est en effet très accessible de Pointe-Noire et situé sur des zones à la démographie relativement élevée. Malgré les efforts de sensibilisation et l’ancienneté du projet, Rénatura n’a jamais réussi à éliminer complètement ces exactions qui étaient cependant de 100% avant l’arrivée du projet.

En revanche, le site de Bellelo, plus enclavé et moins peuplé, enregistre cette année encore un taux de braconnage de 0%, montrant l’implication des communautés au projet.

Cette sixième saison de travail permet en outre une comparaison du nombre de pontes recensé par espèce et par année.

Matériel et méthode

Les données des sites étudiés durant les six années sont rassemblées par espèce et par année. Il est à noter que les nids d’espèce indéterminée à traces asymétriques ont été assimilés à ceux de Lepidochelys olivacea. En effet, la tortue olivâtre est la seule espèce rencontrée physiquement sur les sites étudiés qui présente ce type de trace. Il est donc sensé, sans trop de risques de se tromper, d’attribuer à cette espèce une grande part de ces nids. Les analyses effectuées sur des nids de tortues d’espèces indéterminées à traces non symétriques ont d’ailleurs toujours corroboré cette extrapolation.

Résultats et discussion

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Figure1: Evolution du nombre de ponte de tortues luths (Dermochelys coriacea) depuis 2003/2004

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Figure 2: Evolution du nombre de tortues olivâtres (Lepidochelys olivacea) depuis 2003/2004

  • Dermochelys coriacea (Figure 1)

La fréquentation des tortues luths, enregistrée au cours de la saison 2008-09, est la plus faible observée ces dernières années. Cette fluctuation est encore plus nette sur le site de Djeno où les variations n’avaient jamais été aussi importantes. Le site de Bellelo, quant à lui, bien qu’il ait enregistré la plus forte fréquentation en 2006-07, est coutumier de ces changements mais l’ampleur de celui-ci reste cependant spectaculaire.

En moyenne, les deux sites ont enregistré, cette saison, une diminution d’environ 75% du nombre de pontes de Dermochelys coriacea.

  • Lepidochelys olivacea (Figure 2)

Les deux sites d’étude ont également enregistré cette saison leur plus faible taux de fréquentation de tortues olivâtres. En moyenne, cette diminution est de 60% sur les deux sites de travail, par rapport aux années précédentes.

Cette raréfaction des pontes semble donc généraliser quel que soit l’espèce ou le site (cette tendance a d’ailleurs été observée dans les autres pays de la sous-région).

CONCLUSION

Le nombre de pontes de tortues marines enregistrées pendant cette saison 2008-09 est le plus faible jamais observé sur les sites de travail de Rénatura au cours des six dernières années. Les nombreux contacts établis avec les acteurs de terrain de la sous-région, grâce au réseau seaturtle.org, montrent que ce phénomène a été général sur la façade atlantique.

Même si des variations de fréquentation avaient déjà été constatées, cette fluctuation est nettement plus accentuée et soulève de nombreuses interrogations quant à la situation des populations de tortues marines dans la sous-région et à l’origine de ce phénomène.

Poursuivre les efforts pour l’étude et la conservation des pontes de tortues marines au Congo, et plus largement en Afrique Centrale, semble donc indispensable les prochaines saisons pour mieux appréhender cette tendance et agir concrètement sur la sauvegarde de ces animaux menacés de disparition.